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13 Juillet 2026

GAIA a décidé d'introduire un recours administratif contre le permis d'environnement accordé au projet de méga-élevage aquacole de la société Royal Belgian Caviar à Kinrooi (Limbourg). L'organisation a mandaté ses avocats afin de saisir le Gouvernement flamand et d'obtenir l'annulation de cette autorisation.

Selon le permis délivré le 4 juin 2026, plusieurs dizaines de milliers d'esturgeons seront maintenus pendant de longues années dans des bassins artificiels, soit, à titre indicatif, environ 40 000 individus si l'on retient un poids moyen de 10 kg par poisson.

Jusqu'à vingt ans de captivité

Les esturgeons sont des poissons sauvages, migrateurs, longévifs et à croissance lente. Le projet prévoit leur maintien en captivité pendant au minimum sept ans et jusqu'à vingt ans. Les femelles devraient généralement atteindre un âge supérieur à dix ans avant que leur caviar puisse être récolté.

Espèce capable de parcourir naturellement de très longues distances, l'esturgeon verrait ainsi l'ensemble de son cycle de vie se dérouler dans des bassins artificiels, dans un système fermé de recirculation de l'eau, sans jamais être en contact avec le milieu naturel.

Les poissons seraient élevés dans des bassins artificiels installés à l'intérieur d'un bâtiment conçu pour les accueillir de l'état juvénile jusqu'à l'âge adulte. Le permis ne précise ni les dimensions des bassins ni la densité d'élevage, mais décrit un système de cuves fonctionnant en circuit fermé.

Du caviar sans souffrance animale ? Ça n'existe pas

La méthode traditionnelle consiste à abattre les femelles afin de prélever leurs ovaires. Les méthodes dites « no-kill », parfois présentées comme plus respectueuses, ne sont pas pour autant exemptes de souffrances. Elles peuvent nécessiter des captures répétées, des anesthésies, des traitements hormonaux, des manipulations forcées de l'abdomen, des incisions ou des interventions chirurgicales pour extraire les œufs, avec des risques de douleur, de stress, de blessures et parfois de mortalité.

Les captures et manipulations répétées constituent à elles seules une source importante de stress. La littérature scientifique montre notamment une augmentation du cortisol après manipulation. Les systèmes de recirculation exigent une maîtrise permanente de paramètres tels que l'oxygène dissous, la température ou les concentrations d'ammoniac et de nitrites. Toute défaillance peut avoir des conséquences importantes sur la santé et le bien-être des poissons.

GAIA souligne également que les conséquences d'une captivité aussi prolongée sur l'état mental et les besoins comportementaux des esturgeons demeurent largement méconnues. Les connaissances scientifiques sur leur bien-être en élevage restent encore lacunaires, notamment en ce qui concerne les densités d'élevage, les manipulations, les méthodes d'abattage, l'induction de l'inconscience et les techniques d'extraction des œufs.

Pour l'association, ce manque de connaissances renforce la nécessité d'appliquer le principe de précaution avant d'autoriser le développement d'un élevage industriel de cette ampleur.

Ce projet transformerait des animaux sauvages en simples machines à produire un aliment de luxe. À titre indicatif, près de 40 000 esturgeons pourraient passer jusqu'à vingt ans enfermés dans des bassins artificiels, privés de leur mode de vie naturel, avant d'être exploités pour leurs œufs. Pour GAIA, ce projet est inacceptable. Nous utiliserons tous les moyens légaux à notre disposition pour empêcher ce méga-élevage industriel d'esturgeons de voir le jour.

Michel Vandenbosch
Président GAIA

Le recours introduit par GAIA porte principalement sur les enjeux liés au bien-être animal, tout en examinant également certains aspects environnementaux du projet.

Cette démarche s'inscrit dans la continuité des actions juridiques menées par l'association. En 2026, GAIA a remporté une victoire majeure dans le dossier Columbi Salmon : le Conseil d'État a définitivement annulé le permis du projet de salmoniculture industrielle d'Ostende, entraînant son abandon. Plus récemment, le projet de poulailler industriel de Donceel a également été abandonné à la suite des recours introduits par l'association.