Selon le permis délivré le 4 juin 2026, plusieurs dizaines de milliers d'esturgeons seront maintenus pendant de longues années dans des bassins artificiels, soit, à titre indicatif, environ 40 000 individus si l'on retient un poids moyen de 10 kg par poisson.
Jusqu'à vingt ans de captivité
Les esturgeons sont des poissons sauvages, migrateurs, longévifs et à croissance lente. Le projet prévoit leur maintien en captivité pendant au minimum sept ans et jusqu'à vingt ans. Les femelles devraient généralement atteindre un âge supérieur à dix ans avant que leur caviar puisse être récolté.
Espèce capable de parcourir naturellement de très longues distances, l'esturgeon verrait ainsi l'ensemble de son cycle de vie se dérouler dans des bassins artificiels, dans un système fermé de recirculation de l'eau, sans jamais être en contact avec le milieu naturel.
Les poissons seraient élevés dans des bassins artificiels installés à l'intérieur d'un bâtiment conçu pour les accueillir de l'état juvénile jusqu'à l'âge adulte. Le permis ne précise ni les dimensions des bassins ni la densité d'élevage, mais décrit un système de cuves fonctionnant en circuit fermé.
Du caviar sans souffrance animale ? Ça n'existe pas
La méthode traditionnelle consiste à abattre les femelles afin de prélever leurs ovaires. Les méthodes dites « no-kill », parfois présentées comme plus respectueuses, ne sont pas pour autant exemptes de souffrances. Elles peuvent nécessiter des captures répétées, des anesthésies, des traitements hormonaux, des manipulations forcées de l'abdomen, des incisions ou des interventions chirurgicales pour extraire les œufs, avec des risques de douleur, de stress, de blessures et parfois de mortalité.
Les captures et manipulations répétées constituent à elles seules une source importante de stress. La littérature scientifique montre notamment une augmentation du cortisol après manipulation. Les systèmes de recirculation exigent une maîtrise permanente de paramètres tels que l'oxygène dissous, la température ou les concentrations d'ammoniac et de nitrites. Toute défaillance peut avoir des conséquences importantes sur la santé et le bien-être des poissons.
GAIA souligne également que les conséquences d'une captivité aussi prolongée sur l'état mental et les besoins comportementaux des esturgeons demeurent largement méconnues. Les connaissances scientifiques sur leur bien-être en élevage restent encore lacunaires, notamment en ce qui concerne les densités d'élevage, les manipulations, les méthodes d'abattage, l'induction de l'inconscience et les techniques d'extraction des œufs.
Pour l'association, ce manque de connaissances renforce la nécessité d'appliquer le principe de précaution avant d'autoriser le développement d'un élevage industriel de cette ampleur.