Chaque année, la Belgique importe en moyenne 3,8 millions de homards vivants, principalement du Canada. Le Belge est en proportion par habitant le plus grand consommateur de homards au monde.
Tout le chemin parcouru par le homard, de la capture jusqu'à la mort, est un supplice. Les homards sont transportés du Canada vers la Belgique dans des boîtes en mousse de polystyrène avec des packs de gel. Ils sont tenus verticalement avec leurs pinces maintenues vers le haut. À leur arrivée, les homards sont au mieux maintenus en vie dans des réservoirs d'eau, parfois pendant des mois. Leurs pinces sont attachées ensemble, la densité du chargement est élevée, la lumière artificielle est vive et il n'y a aucun endroit pour se réfugier.
Souvent, on ne se donne même pas la peine de fournir un réservoir d'eau et ils sont simplement posés sur de la glace vivants. Exposés à l'air, leur état s'affaiblit sensiblement hors de l'eau et au bout de quelques jours ils meurent. Cerise sur le gâteau de cette agonie inhumaine : les animaux sont cuits sans être étourdis ou coupés en deux vivants. Une chose que nous ne ferions heureusement jamais avec les vertébrés...
Que les homards ne souffrent pas est une idée dépassée. Des recherches scientifiques récentes (menées notamment par le professeur Bob Elwood de l'université Queen's de Belfast) montrent que les crustacés, tels que les crabes et les homards, ne réagissent pas par réflexe lorsqu'ils sont exposés à des stimuli nocifs, mais que les animaux ressentent réellement la douleur. Cette réalité scientifique, de plus en plus de citoyens en prennent connaissance : 83 % des Bruxellois ont conscience que les homards ressentent la douleur. En outre, quatre Bruxellois sur cinq estiment que les homards ressentent la douleur lorsqu'ils sont ébouillantés vivants et considèrent que c'est également le cas lorsqu'ils sont découpés vivants.
Nous ne pouvons donc plus tolérer que chaque année, près de 4 millions de homards, importés en Belgique, finissent leur vie sans être étourdis et donc de manière cruelle. Il est de notre responsabilité éthique d'éviter autant de souffrance que possible pour le homard. Surtout lorsque cette souffrance est évitable. Nous demandons donc aux trois ministres régionaux du Bien-être Animal d'introduire une interdiction de la cuisson vivante de homards vivants, comme c'est déjà le cas en Suisse. GAIA demande également l'interdiction de couper les homards en deux. Une telle interdiction recevrait le soutien d'une grande partie de la population : 80% des Wallons sont d'accord pour qu'il y ait une interdiction légale de tuer les homards sans les étourdir.
Capture, importation et commerce belge
En Belgique, seules de petites quantités de homard sont débarquées et vendues par des navires belges dans les ports d’Ostende, de Nieuport et de Zeebruges. En 2019, la pêche en Belgique représentait en moyenne 183,25 kg de homard européen (pour une valeur moyenne de 1 755,75 €) par mois.
Environ 2 tonnes de homard sont pêchées par an en Belgique. Étant donné qu’un homard moyen destiné à la consommation pèse 525 grammes, cela représente une prise annuelle moyenne de 3 809 homards en Belgique.
En Belgique, le homard est principalement importé, à raison de quelque 3 000 tonnes par an, dont 70 % sous forme vivante, 25 % sous forme congelée et 5 % sous d’autres formes transformées. Les statistiques de la Banque Nationale de Belgique pour l’année 2019 montrent que 2 063 tonnes de homards vivants, dont une grande majorité provenant du Canada, ont été importées pour une valeur de près de 40 millions d’euros. Étant donné qu’un homard moyen destiné à la consommation pèse 525 grammes, cela représente une importation annuelle moyenne de 3,9 millions de homards vivants. En 2019, 1 656 tonnes de homards vivants ont été importées du Canada vers la Belgique. Cela signifie qu’en moyenne, 3,2 millions de homards vivants sont importés du Canada vers la Belgique chaque année. 746 tonnes de homards, soit 1,4 million de homards en moyenne, ont été importées, en Belgique, sous forme congelée ou sous d’autres formes, pour une valeur de près de 11,5 millions d’euros. En 2019, 2 809 tonnes de homards ont été importées, et ce, sous forme vivante, congelée ou transformée, pour une valeur commerciale de plus de 50 millions d’euros. Cela signifie que la Belgique importe en moyenne 5,3 millions de homards par an.
En Belgique, Lobster Fish est le leader du marché de l’importation et de la distribution de homards vivants, et Pittman Seafoods, de homards congelés.
Consommation
En chiffres absolus, le Belge est le cinquième consommateur de homard au monde (après les États-Unis, la Chine, le Japon et la France) et le deuxième consommateur en Europe (après la France). Bien que les Américains soient les plus gros consommateurs, les Belges sont les plus gros consommateurs de homard au monde en ce qui concerne la consommation par habitant.
Recherche scientifique sur la douleur chez les crustacés
Les plus de 50 000 espèces de crustacés, dont les homards (mais aussi les crabes et les crevettes), sont des invertébrés, c’est-à-dire des animaux sans colonne vertébrale. Robert W. Elwood, professeur émérite en comportement animal à la Queen’s University de Belfast, mène des recherches sur le comportement des crustacés depuis plusieurs dizaines d’années.
Ses recherches portent sur différents types de crustacés, tels que le bernard-l’ermite, la crevette fantôme, le crabe vert, le tourteau et l’écrevisse, mais pas sur le homard que nous consommons. La raison est d’ordre pratique : il lui était impossible de répondre aux besoins des homards européens et américains en matière d’infrastructures . Étant donné que les homards européens et américains sont des animaux au moins aussi complexes (voire plus complexes) que les crustacés dont il est question ci-dessus, les résultats de ses recherches sont également pertinents pour le homard. Ces études prouvent que les réponses des crustacés à des stimuli nocifs vont au-delà du simple réflexe. Certaines réactions sont des réflexes, par exemple le mouvement de la queue des crevettes immédiatement après l’administration d’un produit chimique nocif sur l’antenne. Cependant, toute réaction immédiate n’est pas nécessairement un réflexe : une réaction dans laquelle un compromis est trouvé entre différents besoins est une décision, et non un réflexe (voir 4.3.1. pour l’étude en question). Les crustacés présentent également des comportements complexes à long terme : ces animaux frottent leurs plaies, les soignent et les protègent. Les bernard-l’ermite modifient leur comportement à long terme et se souviennent du choc électrique reçu dans une coquille pendant au moins 24 heures après le choc. Certains éléments indiquent que les crustacés évitent les risques et éprouvent de la peur : par exemple, le crustacé tolère davantage de chocs électriques s’il y a un risque de présence d’un prédateur. Les crustacés présentent également des réactions physiologiques en cas de changement de comportement et ils adoptent des comportements d’évitement pour réduire la probabilité d’exposition à un stimulus nocif.
Il est scientifiquement impossible que les crustacés ne réagissent aux stimuli nocifs que par des réflexes. En 2005 déjà, l’Autorité européenne de Sécurité des Aliments a confirmé que les homards pouvaient ressentir la douleur et adopter des comportements complexes . D’un point de vue scientifique, cependant, le fait que les réactions des crustacés « dépassent » le simple réflexe ne signifie pas qu’ils ressentent la douleur. Ces comportements pourraient avoir d’autres explications sans rapport avec l’idée de « sensation négative » habituellement attribuée à la douleur dans les études sur la douleur chez l’être humain. Il est en effet scientifiquement impossible d’évaluer ce que les crustacés « ressentent » lorsqu’ils sont exposés à des stimuli nocifs. Les résultats obtenus lors des recherches sont conformes aux critères mesurables développés pour la douleur, ainsi qu’à la définition pratique de la douleur .
Problèmes de bien-être lors de l’étourdissement et de la mise à mort
Pour qu’une méthode de mise à mort soit considérée comme non cruelle, il faut que cette méthode entraîne la mort immédiate, ou que l’animal soit inconscient jusqu’à ce que la mort survienne . Le règlement européen relatif à l’abattage définit l’étourdissement comme « tout procédé appliqué intentionnellement à un animal, qui le plonge sans douleur dans un état d’inconscience et d’anesthésie, y compris tout procédé entraînant une mort immédiate ».
Étourdissement par le froid
Les supermarchés ou les restaurants déposent les homards sur de la glace ou les conservent vivants au réfrigérateur. Il est conseillé aux consommateurs qui achètent des homards de les conserver vivants au réfrigérateur. L’idée est que les crustacés exposés à des températures froides (4 °C ou moins) finiraient par entrer en « hibernation » : ils s’engourdissent tout en restant en vie. Il n’existe en effet pas (ou peu) de preuves scientifiques que les basses températures sont néfastes pour les homards. Bien qu’il soit théoriquement possible que le fait de placer un homard dans un réfrigérateur ne provoque pas de souffrance immédiate, aucune recherche scientifique n’a été menée en la matière, et il n’est pas raisonnable de l’accepter comme un fait établi. On serait tenté de croire que les homards s’endorment, mais en réalité, il ne s’agit pas de sommeil : les homards perdent conscience et, s’ils sont laissés dans cet état, finissent par mourir. Mais la perte immédiate de connaissance ou de sensibilité des homards n’est pas vraie non plus. Le temps nécessaire pour que l’insensibilité prenne place chez les crustacés dépend de l’espèce, du métabolisme et de la sensibilité. Cependant, des recherches ont été menées sur la réaction des crustacés aux basses températures : à 0 °C, les crabes répondent toujours aux stimuli après 100 minutes ; à -37 °C, les crabes ne perdent conscience qu’après 30 à 40 minutes.
La seule raison pour laquelle les homards sont conservés au froid semble être une question de commodité : le homard est plus facile à manipuler et à tuer. Les homards ne bougent plus et ne présentent plus aucun réflexe d’autotomie. En pratique, la question qui se pose également est de savoir comment les supermarchés et les restaurateurs traitent les homards réfrigérés. Que se passe-t-il si les homards stockés au réfrigérateur ne sont pas commandés ? Seront-ils « décongelés » ou resteront-ils simplement au frais jusqu’au lendemain ? Il est fort probable que les homards ne sont pas décongelés, et restent donc longtemps au réfrigérateur, ce qui est inacceptable pour leur bien-être.
Ébullition à vif des homards
La méthode la plus courante pour tuer les homards est de les immerger dans de l’eau bouillante, vivants et conscients. Un groupe de scientifiques du Comité scientifique sur la Santé et le Bien-être des Animaux a confirmé, à la demande de l’Autorité européenne de Sécurité des Aliments, que la cuisson des homards à vif est probablement douloureuse.
Les décapodes montrent des réactions d’aversion à la chaleur. Puri et Faulkes ont montré que les décapodes s’empressent de s’éloigner d’un fer à souder chaud, ou le tiennent avec une de leurs pinces ou les deux. Il s’agit d’une tentative de défense. Les auteurs décrivent ce comportement comme un réflexe, mais le professeur Robert Elwood le réfute : en regardant la vidéo, il est clair que ces réactions sont générées par l’information visuelle.
Tous les signes indiquent que les décapodes considèrent la chaleur, comme les autres stimuli nocifs, d’une manière qui correspond à l’idée de douleur. Robert Elwood pense que le fait de placer un homard dans de l’eau bouillante stimule les nocicepteurs et que ces nocicepteurs informent le système nerveux. Le homard mourra à un moment donné. La question est donc de savoir combien de temps il faut pour que la mort survienne et quand les nocicepteurs deviennent inactifs. Chez les très petits animaux, l’intérieur du corps se réchauffe rapidement et l’animal meurt en quelques secondes au plus. Les homards sont des animaux relativement grands, il faut donc plus de temps pour que les parties centrales se réchauffent suffisamment avant que l’animal ne meure. Certains scientifiques suggèrent qu’il faut 1 minute ou plus pour que le homard meure, d’autres pensent qu’il faut 2 à 3 minutes pour qu’un homard de 1 kg meure. Selon Robert Elwood, il faut 1 minute. Pendant cette période, on remarque souvent un choc physiologique et une réaction d’autotomie. Outre l’autotomie, les homards remuent avec force, leur queue bouge et ils tentent de s’échapper. On peut également se demander si d’autres variables influencent la vitesse à laquelle le homard meurt et quand exactement la souffrance prend fin. La température de l’eau est-elle de 100 °C ? Ou moins ? Le homard est-il immédiatement immergé entièrement, ou la tête est-elle d’abord immergée seule pendant un certain temps ? Immerger complètement le homard peut présenter un risque pour le cuisinier. De l’eau bouillante peut en effet être projetée si le homard bouge et remue violemment. Par conséquent, l’immersion totale n’est pas recommandée dans les cuisines des restaurants. Selon le professeur Robert Elwood, le fait que la question de savoir si le homard meurt en 1 ou 3 minutes n’ait pas d’importance est troublant. Selon lui, 10 secondes, c’est déjà trop.
Découpe du homard en deux
Dans tous les cas, étourdir un homard en lui donnant un coup sur la tête n’est pas une méthode appropriée pour causer une perte de conscience. Le système nerveux des crustacés est peu centralisé. Chez le homard, une chaîne de ganglions (« cerveaux miniatures ») interconnectée aux nerfs court sur toute la longueur du corps. La découpe du homard avec un couteau aiguisé en deux moitiés à la verticale, à travers les ganglions, a pour but de détruire le système nerveux. On commence par le découper depuis la tête, puis on continue à travers le thorax, directement par la ligne médiane du homard (où se trouve le système nerveux). Le recours à cette technique équivaut à couper le homard vivant en deux sans l’étourdir. En aucun cas un particulier ne doit utiliser cette technique : la mise à mort d’un homard par un amateur pourrait avoir pour conséquence une mort lente.
Que veut GAIA ?
Nous ne pouvons plus tolérer que près de 4 millions de homards importés en Belgique en finissent avec la vie chaque année sans être étourdis et donc de manière cruelle. Il est de notre responsabilité éthique d'éviter autant de souffrance que possible pour le homard. Surtout lorsque cette souffrance est évitable. Nous demandons donc aux trois ministres régionaux des animaux d'introduire une interdiction de la cuisson vivante des homards, comme cela s'est déjà produit en Suisse. GAIA demande également l'interdiction de couper les homards en deux.