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9 Mars 2026

Dr Koen Margodt

Éthicien, professeur invité - Université de Gand, Président du Cetacean Committee et du Ethics Committee du Jane Goodall Institute Global. 

La détention de dauphins en Belgique connaît un nouveau tournant, maintenant que Pairi Daiza envisage de construire un bassin. Après le Zoo d’Anvers et le Boudewijn Seapark, voici donc une troisième initiative, cette fois présentée sous l’angle du bien-être animal : l’accueil de dauphins qui, prétend-on, n’auraient nulle part ailleurs où aller. 

De tous les animaux ayant été maintenus en captivité, les dauphins comptent parmi les cas les plus problématiques. Derrière le sourire apparent du dauphin captif se cache une succession d’échecs de reproduction, de mortalité et d’autres graves problèmes de bien-être. Lorsque, vers l’an 2000, j’ai remis mon étude à la direction du Zoo d’Anvers, celle-ci a annoncé peu après qu’elle mettrait fin à la détention de dauphins, même si aucune alternative n’était encore prête. Ce qui était toutefois exclu, c’était la création d’un centre d’accueil marin (sanctuaire). La solidarité entre zoos devait être préservée. 

Derrière le sourire apparent du dauphin captif se cache une succession d’échecs de reproduction, de mortalité et d’autres graves problèmes de bien-être.

En 2024, j’ai témoigné au Parlement flamand au sujet de la détention de dauphins au Boudewijn Seapark. Une consultante scientifique, qui travaille principalement pour des delphinariums, a plaidé pour la reprise de l’élevage de dauphins à Bruges. Son rapport ne contenait cependant aucune information sur les résultats de reproduction. Lorsque ce fut mon tour d’intervenir, de nombreux parlementaires ont été profondément choqués par les informations que j’ai présentées concernant les années d’échecs reproductifs et de mortalité. 

Le directeur du Boudewijn Seapark m’a reproché de ne jamais visiter son delphinarium. Lorsque j’ai voulu le faire peu après avec un biologiste marin, nous avons été renvoyés par un directeur furieux. Qu’y avait-il à cacher ? Une demi-heure plus tard, nous avons été contactés par un delphinarium en Grèce qui s’oppose au sanctuaire marin pour dauphins de Lipsi. Pendant un instant, j’ai eu un sentiment de déjà-vu quant à ce qui se déroule en coulisses. 

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Maintenant que Pairi Daiza souhaite détenir des dauphins, le parc critique à nouveau le concept des sanctuaires marins. Il est étonnant que les zoos, qui aiment se présenter comme des acteurs de la réintroduction d’espèces menacées, veuillent même bloquer le maintien de dauphins en semi-liberté. 

Pairi Daiza diffuse de la désinformation en suggérant que les dauphins seraient relâchés et ne pourraient pas survivre dans la nature. Le projet de Lipsi consiste en réalité à fermer une baie isolée, dotée de toutes les installations nécessaires. Le fait que les zoos ne soutiennent pas ce projet et préfèrent se réunir, par exemple, au Loro Parque, où des orques sont détenues, en dit long sur les solidarités en jeu. 

La scientifique de premier plan Dr Naomi Rose qualifie les affirmations de Pairi Daiza de problématiques. Avant que les dauphins ne soient transférés vers des habitats semi-naturels, l’eau de mer doit être testée pour détecter les agents pathogènes et l’immunité des dauphins doit être vérifiée (communication personnelle, 5 mars 2026). 

Les dauphins n’auraient jamais dû être maintenus en captivité. Il n’existe aucune justification, que ce soit du point de vue de la conservation des espèces, de la recherche scientifique ou de l’éducation. Les dauphins sont des mammifères marins intelligents et complexes qui, dans la nature, se déplacent en groupes sociaux sur des centaines de kilomètres. Nous devons tout faire pour leur offrir un environnement de vie plus complexe. La recherche en (semi-)liberté offrirait bien davantage de possibilités que celle menée dans les delphinariums. 

Les dauphins n’auraient jamais dû être maintenus en captivité. Il n’existe aucune justification.

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La regrettée Dr Jane Goodall a démontré combien les sanctuaires en semi-liberté sont une réussite pour les chimpanzés. Elle a toujours été convaincue que cela pouvait et devait aussi être le cas pour les dauphins. 

C’est pourquoi elle m’a demandé de constituer un comité d’experts. La manière dont le concept de sanctuaires pour dauphins en semi-liberté est sapé depuis des années par les delphinariums et les zoos est préoccupante. 

Et si Pairi Daiza et le Boudewijn Seapark utilisaient leurs moyens pour créer une véritable alternative pour les dauphins ? Une alternative où non seulement les spectacles seraient interdits, mais où la reproduction des dauphins serait également arrêtée.

Une alternative visant enfin à mettre tout en oeuvre pour faire disparaître progressivement la détention de dauphins en captivité et leur offrir un nouvel avenir en semi-liberté, dans des sanctuaires naturels entourés de soigneurs et de vétérinaires. 

Les plans professionnels et les moyens financiers existent. Pourquoi les autorisations tardent-elles, sans motivation claire ? Pourquoi des informations erronées sont-elles diffusées sur Lipsi et d’autres projets, malgré le soutien de scientifiques indépendants, d’organisations de protection animale, de l’opinion publique et même de delphinariums comme le Baltimore National Aquarium? 

Les zoos portent une lourde responsabilité historique : non seulement pour l’immense souffrance infligée aux dauphins par leur capture et leur détention dans de petits bassins de béton chloré, mais aussi pour leur manque d’engagement à soutenir des sanctuaires réalistes, vastes et naturels en semi-liberté. 

The Future of Captive Dolphins: From Dolphinariums to Seaside Sanctuaries
Document
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Le Dr Koen Margodt est éthicien et professeur invité à l’Université de Gand. Il est président du Cetacean Committee et du Ethics Committee du Jane Goodall Institute Global. Il a mené de nombreuses recherches sur l’éthique de la détention d’animaux dans les zoos. Plus d’informations sur son travail sur les dauphins : Koen Margodt – A Dolphin Plea in the Flemish Parliament.