Alors que les delphinariums ferment progressivement leurs portes en Europe, une alternative se concrétise pour les dauphins qui ne peuvent être remis en liberté : les sanctuaires marins. En Italie, un premier refuge s’apprête à accueillir des dauphins issus de la captivité. Cette avancée majeure confirme qu’un avenir sans bassins artificiels est possible.
Des dauphins condamnés à vivre dans des bassins ?
Les dauphins, animaux marins sensibles, intelligents et sociaux, souffrent profondément en captivité. Confinés dans des bassins artificiels des milliers de fois plus petits que leur habitat naturel, ils sont privés d’espace, de stimulation et d’interactions significatives.
Dans la nature, ces nageurs infatigables parcourent jusqu’à 100 kilomètres par jour et plongent à des profondeurs de 200 mètres. En captivité, ils développent du stress et des comportements stéréotypés, leur bien-être est gravement compromis et ils ne peuvent ni s'épanouir ni prospérer comme ils le feraient avec les possibilités offertes par une vie en liberté.
Richard O’Barry connaît bien cette réalité. Ancien dresseur des dauphins de la célèbre série Flipper, il a tourné le dos à cette industrie et a fondé l’organisation Dolphin Project, qui lutte contre la captivité des dauphins depuis 1970.
La captivité des dauphins est une expérience ratée que l’on mène depuis 1938. J’ai aidé à capturer ces dauphins… Ce sont des aberrations, créées pour notre divertissement.
Partout dans le monde, la captivité des cétacés, dénoncées depuis des décennies par les plus grands spécialistes, est de plus en plus remise en question. Plusieurs pays ont déjà adopté des mesures visant à y mettre définitivement fin. La captivité des dauphins est d’ailleurs déjà interdite en Inde, au Costa Rica, au Chili, en Croatie, en Slovénie, à Chypre, et, avec la récente décision flamande dans toute la Belgique. Un peu partout dans le monde, les delphinariums ferment leurs portes.
Toutefois, plutôt que d’assumer leur responsabilité envers les animaux qu’ils ont détenus pendant des années et de leur garantir une fin de vie digne, certains delphinariums privilégient des solutions commerciales, notamment en envisageant de vendre leurs dauphins à d’autres établissements, souvent à l’étranger. Ces transferts condamnent les animaux à passer le reste de leur vie dans de nouveaux bassins en béton.
La manière dont les humains hébergent, nourrissent et divertissent les dauphins en captivité les prive de la plupart des éléments qui leur permettent de rester en bonne santé dans leur milieu naturel.
Face à cette situation, les organisations de protection animale, dont GAIA, militent pour offrir aux dauphins des delphinariums une solution digne, durable et adaptée à leurs besoins.
Les sanctuaires marins
Contrairement à un delphinarium, un sanctuaire marin est aménagé dans un environnement vaste et naturel : une baie, une crique ou une portion de mer sécurisée. Les dauphins peuvent ainsi évoluer dans leur milieu naturel, en semi-liberté, au-dessus d’un véritable fond marin, au contact des courants, des reliefs et de la vie sous-marine.
Quand on met un dauphin en eau de mer naturelle, il vit le rythme de la mer et des marées, le courant, le bruit du vent et de la pluie. Rien de tout ça n’est possible dans un bassin.
L’objectif n’est pas de relâcher les animaux en pleine mer et de les abandonner à leur sort. Les dauphins bénéficient d’une alimentation adaptée, d’un suivi vétérinaire spécialisé et d’une surveillance permanente.
Contrairement aux delphinariums, les sanctuaires ne proposent ni spectacles, ni reproduction, ni interactions commerciales avec les visiteurs. Ils permettent aux animaux de retrouver une part essentielle de ce dont ils ont été privés : de l’espace, un environnement naturel et la possibilité de faire des choix.
En Italie, un projet pionnier
C’est dans le golfe de Tarente, dans le sud de l’Italie, que se prépare une avancée majeure pour les dauphins captifs.
Développé par l’organisation Jonian Dolphin Conservation, le San Paolo Dolphin Refuge sera bientôt le premier sanctuaire marin européen spécialement conçu pour accueillir des dauphins issus de delphinariums.
Situé à proximité de l’île de San Paolo, le refuge bénéficie d’une zone marine protégée d’environ sept hectares. Son installation principale comprend un vaste espace d’eau de mer naturelle, complété par des infrastructures vétérinaires et des zones d’acclimatation. En août 2026, les autorités de la région des Pouilles ont officiellement reconnu et autorisé le centre, ouvrant la voie à l’accueil de ses premiers pensionnaires.
Six premiers dauphins pourront prochainement y trouver refuge, loin des bassins de béton dans lesquels ils ont vécu jusqu’à présent.
Nous voulons démontrer que c’est possible. Et le moment, c’est maintenant. Par le passé, beaucoup ont parlé de refuges. Aujourd’hui, nous l’avons fait. Le refuge est prêt.
Des bassins artificiels présentés comme des refuges ou des centres de recherche
Face à la fermeture progressive des delphinariums, certains zoos proposent de construire de nouvelles infrastructures présentées comme des refuges ou des centres d’accueil ou de recherche. Pourtant, changer le nom d’un bassin artificiel ne change pas la réalité de la captivité.
Même sans spectacles et avec des installations modernes, un dauphin détenu dans une piscine artificielle reste privé d’un environnement marin naturel adapté à ses besoins.
On ne met pas des enfants dans une armoire en pensant qu’ils mènent une vie fantastique. C’est un peu pareil pour les dauphins.
En Wallonie, le ministre Adrien Dolimont (MR), (normalement) chargé du Bien-être animal, avait envisagé de modifier le Code wallon du Bien-être animal, qui interdit strictement la détention de cétacés, afin d’autoriser à nouveau leur détention, mais aussi leur reproduction.
À la suite de la révélation de cette information par GAIA et du tollé public qui s’en est suivi (plus de 25 000 e-mails envoyés en quelques heures par le grand public), le projet a été retiré. Le ministre a toutefois fait savoir qu’il souhaitait « mener une réflexion sur la prise en charge de dauphins en Wallonie ». Entendez par là : permettre, à terme, au zoo de Pairi Daiza de créer un delphinarium pour y accueillir des cétacés, mais aussi les faire reproduire.
Car, loin de l’image idyllique de sauveurs d’animaux que les zoos et delphinariums tentent de présenter au public, l’ambition est uniquement lucrative : la reproduction permettrait de maintenir cette activité à long terme, alors même que les dauphins ne sont absolument pas menacés d’extinction.
Aucun delphinarium ne peut répondre aux besoins de ces magnifiques mammifères. Leur cadre de vie y est bien trop limité, beaucoup trop petit et trop monotone. De nombreuses études ont clairement démontré qu’il est grand temps de mettre un terme à la détention de dauphins dans des bassins. Ces magnifiques mammifères pourraient mener une vie plus naturelle et bien plus variée dans un environnement tel qu’une réserve marine plus vaste, dans une sorte de semi-captivité. L'Institut Jane Goodall gère avec succès plusieurs sanctuaires qui accueillent des chimpanzés sauvés de l’industrie du spectacle et d'autres situations de captivité. Il est absolument incroyable de voir comment, pas à pas, ils gagnent en confiance, nouent des amitiés et profitent de leur nouvelle liberté. Les dauphins méritent de se voir offrir les mêmes chances. Des efforts sont actuellement déployés dans de nombreux pays pour créer des réserves marines. Je vous implore donc de faire ce qui est nécessaire, de faire le choix éthique et d'assurer un meilleur avenir aux dauphins
L’avenir des dauphins en Belgique
La Belgique a progressivement pris position contre la captivité des cétacés. La Wallonie a interdit leur détention en 2018, suivie par la Région bruxelloise en 2021.
En Flandre, le gouvernement a approuvé, le 17 juillet 2026, la mesure prévoyant la fin définitive de la détention des cétacés au plus tard le 31 décembre 2036. Cette décision concerne directement le Boudewijn Seapark de Bruges, dernier delphinarium de Belgique.
GAIA appelle à développer les sanctuaires marins
Pour GAIA, la fermeture des delphinariums ne doit pas conduire à déplacer les animaux d’un bassin artificiel à un autre.
L’objectif est de mettre progressivement fin à la captivité des cétacés, tout en garantissant une prise en charge adaptée à chaque dauphin. Cela implique notamment l’arrêt total de la reproduction en captivité, une préparation individualisée des transferts et le développement d’un réseau européen de sanctuaires marins.
Le projet de Tarente représente une avancée encourageante dans cette direction.
Après des décennies passées à tourner en rond dans des bassins, les dauphins méritent mieux qu’une nouvelle piscine. Ils méritent enfin de retrouver la mer.
FAQ : 5 faux arguments avancés par les zoos pour justifier la captivité des dauphins
Personne ne propose de jeter des dauphins en pleine mer en leur souhaitant bonne chance. Cet argument est une caricature destinée à faire croire qu'il n'existerait que deux possibilités : les garder enfermés ou les condamner à mourir dans l'océan.
C'est faux.
Les dauphins nés ou ayant vécu longtemps en captivité ne sont pas tous capables de survivre seuls dans l'océan. C'est précisément pour cette raison que les sanctuaires marins existent.
Dans ces espaces naturels sécurisés, les dauphins peuvent retrouver un environnement marin tout en continuant à bénéficier d'une alimentation quotidienne, de soins vétérinaires et d'une surveillance permanente. Ils ne sont pas abandonnés à leur sort. Ils sont accompagnés, protégés et pris en charge.
La différence est fondamentale : plutôt que de contraindre les dauphins à vivre dans un environnement entièrement artificiel, on adapte leur prise en charge à leurs besoins.
Un dauphin incapable de survivre seul dans l'océan n'est pas pour autant condamné à passer le reste de sa vie dans une piscine en béton.
Faux. Et les faits commencent à donner tort à ceux qui prétendent que les sanctuaires marins seraient irréalisables.
Dans le golfe de Tarente, en Italie, le San Paolo Dolphin Refuge a obtenu son autorisation officielle en août 2026 et prépare l'accueil de ses premiers dauphins. Un projet concret, avec des infrastructures adaptées et un encadrement vétérinaire.
Évidemment, créer un sanctuaire marin demande du temps, des investissements et des autorisations. Mais construire un delphinarium aussi. Curieusement, les difficultés techniques et financières semblent devenir insurmontables uniquement lorsqu'il s'agit d'offrir aux dauphins une alternative à la captivité.
Et comment ne pas relever le paradoxe ? Une industrie capable d'investir des dizaines de millions d'euros dans des bassins artificiels prétend qu'il serait trop compliqué de financer des espaces naturels adaptés.
Les sanctuaires marins ne sont plus une utopie. Ils prennent forme, malgré les oppositions et les pressions exercées par l'industrie des zoos pour empêcher ces projets de voir le jour.
Pendant des décennies, on nous a expliqué que les dauphins ne pouvaient vivre qu'en captivité. Aujourd'hui, alors que des alternatives se développent, on nous explique qu'elles seraient trop compliquées à mettre en œuvre...
Sauver des dauphins de la captivité en les enfermant dans de nouveaux bassins ? Il fallait oser.
Certains zoos présentent la construction de nouveaux bassins comme une opération de sauvetage. Mais transférer un dauphin d'une piscine artificielle vers une autre, même plus grande, ne met pas fin à sa captivité.
On change le décor. Pas la réalité.
Un véritable projet de sauvetage devrait poursuivre un objectif clair : offrir à chaque dauphin les meilleures conditions de vie possibles, en tenant compte de son histoire, de son état de santé et de ses besoins. Cela suppose notamment de mettre fin à la reproduction en captivité et de développer des solutions durables, comme les sanctuaires marins.
Or, les zoos et les delphinariums disposent de moyens financiers considérables. Pourquoi ces ressources ne seraient-elles pas consacrées à développer de véritables alternatives, plutôt qu'à construire de nouvelles installations destinées à perpétuer la captivité, à des fins lucratives ?
Et surtout, comment peut-on prétendre sauver des dauphins tout en prévoyant de les faire se reproduire pour maintenir de nouvelles générations en captivité ?
Sauver des dauphins, ce n'est pas construire une nouvelle prison pour les accueillir. Encore moins prévoir d'y faire naître leurs descendants.
Delphinarium (nom masculin) : « Aquarium marin dans lequel on élève et on présente des dauphins. » - Larousse
Un delphinarium sans spectacle reste un delphinarium.
Cela semble évident. Pourtant, certains établissements voudraient nous convaincre qu'en supprimant les spectacles et en changeant quelques mots dans leur communication, ils auraient profondément transformé leur modèle.
Centre d'accueil, centre de recherche, établissement de conservation… Les appellations changent, mais les dauphins restent enfermés.
Un dauphin qui ne saute plus à travers un cerceau n'est pas devenu libre pour autant.
Les dauphins sont des animaux intelligents, sociaux et actifs. Dans la nature, ils peuvent parcourir de longues distances, explorer leur environnement, entretenir des relations sociales complexes et adopter une multitude de comportements impossibles à reproduire pleinement dans un bassin artificiel.
Leur bien-être ne se résume pas à recevoir du poisson, à être soignés et à disposer d'une eau propre. Ce sont des conditions élémentaires de prise en charge, pas une justification de leur enfermement.
Supprimer les spectacles ne supprime ni les murs, ni les limites imposées aux animaux, ni la privation de leur environnement naturel.
L'industrie des zoos cherche à présenter la captivité comme une mission de conservation, y compris lorsqu'elle concerne des espèces qui ne sont pas menacées d'extinction.
On enferme des animaux, on les fait se reproduire, puis on présente leurs naissances comme des succès pour la biodiversité. Mais en quoi faire naître un dauphin destiné à passer toute sa vie dans un bassin artificiel contribue-t-il à protéger les populations sauvages et leurs habitats ?
Pour apprendre aux enfants à respecter les dauphins, il faudrait donc commencer par leur montrer qu'on peut les enfermer toute leur vie ?
Voilà un raisonnement pour le moins contradictoire.
Les zoos et les delphinariums invoquent régulièrement leur mission pédagogique pour justifier la captivité. Comme si observer un animal derrière une vitre ou dans un bassin artificiel était indispensable pour apprendre à le connaître et à le respecter.
Mais que voit réellement un enfant lorsqu'il regarde un dauphin tourner dans une piscine ?
Il ne découvre ni l'immensité de son territoire naturel, ni ses déplacements sur de longues distances, ni toute la richesse de ses relations sociales, de ses comportements de chasse et de ses capacités d'exploration.
Il découvre un animal dans un environnement profondément différent de celui pour lequel il a évolué.
Et quel message lui transmet-on ? Qu'il est acceptable de priver un animal de sa liberté et de son environnement naturel, pour autant que cela permette au public de l'observer et de se divertir ?
Nous n'avons pas besoin d'enfermer des dauphins pour apprendre aux enfants à les aimer.
Documentaires, technologies immersives, programmes pédagogiques, observation responsable en milieu naturel : les moyens de découvrir et de comprendre ces animaux ne manquent pas.
Personne ne prétend qu'il faudrait enfermer des baleines dans des aquariums pour sensibiliser les enfants à leur protection. Pourquoi ce raisonnement deviendrait-il acceptable lorsqu'il s'agit de dauphins ?
La véritable éducation au respect des animaux ne consiste pas à leur apprendre à vivre enfermés pour notre plaisir. Elle consiste à nous apprendre à les respecter pour ce qu'ils sont.