Image
dauphins
27 Octobre 2026

Alors que les delphinariums ferment progressivement leurs portes en Europe, une alternative se concrétise pour les dauphins qui ne peuvent être remis en liberté : les sanctuaires marins. En Italie, un premier refuge s’apprête à accueillir des dauphins issus de la captivité. Cette avancée majeure confirme qu’un avenir sans bassins artificiels est possible.

Des dauphins condamnés à vivre dans des bassins ?

richard

Les dauphins, animaux marins sensibles, intelligents et sociaux, souffrent profondément en captivité. Confinés dans des bassins artificiels des milliers de fois plus petits que leur habitat naturel, ils sont privés d’espace, de stimulation et d’interactions significatives. 

Dans la nature, ces nageurs infatigables parcourent jusqu’à 100 kilomètres par jour et plongent à des profondeurs de 200 mètres. En captivité, ils développent du stress et des comportements stéréotypés, leur bien-être est gravement compromis et ils ne peuvent ni s'épanouir ni prospérer comme ils le feraient avec les possibilités offertes par une vie en liberté.

Richard O’Barry connaît bien cette réalité. Ancien dresseur des dauphins de la célèbre série Flipper, il a tourné le dos à cette industrie et a fondé l’organisation Dolphin Project, qui lutte contre la captivité des dauphins depuis 1970.

La captivité des dauphins est une expérience ratée que l’on mène depuis 1938. J’ai aidé à capturer ces dauphins… Ce sont des aberrations, créées pour notre divertissement.

Richard O’Barry
Fondateur de Dolphin Project et ancien dresseur de dauphins

Partout dans le monde, la captivité des cétacés, dénoncées depuis des décennies par les plus grands spécialistes, est de plus en plus remise en question. Plusieurs pays ont déjà adopté des mesures visant à y mettre définitivement fin. La captivité des dauphins est d’ailleurs déjà interdite en Inde, au Costa Rica, au Chili, en Croatie, en Slovénie, à Chypre, et, avec la récente décision flamande dans toute la Belgique. Un peu partout dans le monde, les delphinariums ferment leurs portes.

Toutefois, plutôt que d’assumer leur responsabilité envers les animaux qu’ils ont détenus pendant des années et de leur garantir une fin de vie digne, certains delphinariums privilégient des solutions commerciales, notamment en envisageant de vendre leurs dauphins à d’autres établissements, souvent à l’étranger. Ces transferts condamnent les animaux à passer le reste de leur vie dans de nouveaux bassins en béton.

La manière dont les humains hébergent, nourrissent et divertissent les dauphins en captivité les prive de la plupart des éléments qui leur permettent de rester en bonne santé dans leur milieu naturel.

Pr Denise Herzing
Spécialiste des dauphins sauvages et membre du Comité des Cétacés du Jane Goodall Institute

Face à cette situation, les organisations de protection animale, dont GAIA, militent pour offrir aux dauphins des delphinariums une solution digne, durable et adaptée à leurs besoins.

dauphins

Les sanctuaires marins

Contrairement à un delphinarium, un sanctuaire marin est aménagé dans un environnement vaste et naturel : une baie, une crique ou une portion de mer sécurisée. Les dauphins peuvent ainsi évoluer dans leur milieu naturel, en semi-liberté, au-dessus d’un véritable fond marin, au contact des courants, des reliefs et de la vie sous-marine. 

Quand on met un dauphin en eau de mer naturelle, il vit le rythme de la mer et des marées, le courant, le bruit du vent et de la pluie. Rien de tout ça n’est possible dans un bassin.

Richard O’Barry
Fondateur de Dolphin Project

L’objectif n’est pas de relâcher les animaux en pleine mer et de les abandonner à leur sort. Les dauphins bénéficient d’une alimentation adaptée, d’un suivi vétérinaire spécialisé et d’une surveillance permanente.

Contrairement aux delphinariums, les sanctuaires ne proposent ni spectacles, ni reproduction, ni interactions commerciales avec les visiteurs. Ils permettent aux animaux de retrouver une part essentielle de ce dont ils ont été privés : de l’espace, un environnement naturel et la possibilité de faire des choix.

sanctuaire

En Italie, un projet pionnier

dauphins

C’est dans le golfe de Tarente, dans le sud de l’Italie, que se prépare une avancée majeure pour les dauphins captifs.

Développé par l’organisation Jonian Dolphin Conservation, le San Paolo Dolphin Refuge sera bientôt le premier sanctuaire marin européen spécialement conçu pour accueillir des dauphins issus de delphinariums.

Situé à proximité de l’île de San Paolo, le refuge bénéficie d’une zone marine protégée d’environ sept hectares. Son installation principale comprend un vaste espace d’eau de mer naturelle, complété par des infrastructures vétérinaires et des zones d’acclimatation. En août 2026, les autorités de la région des Pouilles ont officiellement reconnu et autorisé le centre, ouvrant la voie à l’accueil de ses premiers pensionnaires.

Six premiers dauphins pourront prochainement y trouver refuge, loin des bassins de béton dans lesquels ils ont vécu jusqu’à présent.

Nous voulons démontrer que c’est possible. Et le moment, c’est maintenant. Par le passé, beaucoup ont parlé de refuges. Aujourd’hui, nous l’avons fait. Le refuge est prêt.

Carmelo Fanizza
Fondateur de Jonian Dolphin Conservation

Des bassins artificiels présentés comme des refuges ou des centres de recherche

Face à la fermeture progressive des delphinariums, certains zoos proposent de construire de nouvelles infrastructures présentées comme des refuges ou des centres d’accueil ou de recherche. Pourtant, changer le nom d’un bassin artificiel ne change pas la réalité de la captivité. 

Même sans spectacles et avec des installations modernes, un dauphin détenu dans une piscine artificielle reste privé d’un environnement marin naturel adapté à ses besoins.

On ne met pas des enfants dans une armoire en pensant qu’ils mènent une vie fantastique. C’est un peu pareil pour les dauphins.

Michel Vandenbosch
Président de GAIA

En Wallonie, le ministre Adrien Dolimont (MR), (normalement) chargé du Bien-être animal, avait envisagé de modifier le Code wallon du Bien-être animal, qui interdit strictement la détention de cétacés, afin d’autoriser à nouveau leur détention, mais aussi leur reproduction.

À la suite de la révélation de cette information par GAIA et du tollé public qui s’en est suivi (plus de 25 000 e-mails envoyés en quelques heures par le grand public), le projet a été retiré. Le ministre a toutefois fait savoir qu’il souhaitait « mener une réflexion sur la prise en charge de dauphins en Wallonie ». Entendez par là : permettre, à terme, au zoo de Pairi Daiza de créer un delphinarium pour y accueillir des cétacés, mais aussi les faire reproduire.

Car, loin de l’image idyllique de sauveurs d’animaux que les zoos et delphinariums tentent de présenter au public, l’ambition est uniquement lucrative : la reproduction permettrait de maintenir cette activité à long terme, alors même que les dauphins ne sont absolument pas menacés d’extinction.

Aucun delphinarium ne peut répondre aux besoins de ces magnifiques mammifères. Leur cadre de vie y est bien trop limité, beaucoup trop petit et trop monotone. De nombreuses études ont clairement démontré qu’il est grand temps de mettre un terme à la détention de dauphins dans des bassins. Ces magnifiques mammifères pourraient mener une vie plus naturelle et bien plus variée dans un environnement tel qu’une réserve marine plus vaste, dans une sorte de semi-captivité. L'Institut Jane Goodall gère avec succès plusieurs sanctuaires qui accueillent des chimpanzés sauvés de l’industrie du spectacle et d'autres situations de captivité. Il est absolument incroyable de voir comment, pas à pas, ils gagnent en confiance, nouent des amitiés et profitent de leur nouvelle liberté. Les dauphins méritent de se voir offrir les mêmes chances. Des efforts sont actuellement déployés dans de nombreux pays pour créer des réserves marines. Je vous implore donc de faire ce qui est nécessaire, de faire le choix éthique et d'assurer un meilleur avenir aux dauphins

Jane Goodall
Éthologue et primatologue de renommée mondiale, Messagère de la paix des Nations unies
dauphins

L’avenir des dauphins en Belgique

La Belgique a progressivement pris position contre la captivité des cétacés. La Wallonie a interdit leur détention en 2018, suivie par la Région bruxelloise en 2021.

En Flandre, le gouvernement a approuvé, le 17 juillet 2026, la mesure prévoyant la fin définitive de la détention des cétacés au plus tard le 31 décembre 2036. Cette décision concerne directement le Boudewijn Seapark de Bruges, dernier delphinarium de Belgique.

GAIA appelle à développer les sanctuaires marins

dauphins

Pour GAIA, la fermeture des delphinariums ne doit pas conduire à déplacer les animaux d’un bassin artificiel à un autre.

L’objectif est de mettre progressivement fin à la captivité des cétacés, tout en garantissant une prise en charge adaptée à chaque dauphin. Cela implique notamment l’arrêt total de la reproduction en captivité, une préparation individualisée des transferts et le développement d’un réseau européen de sanctuaires marins.

Le projet de Tarente représente une avancée encourageante dans cette direction.

Après des décennies passées à tourner en rond dans des bassins, les dauphins méritent mieux qu’une nouvelle piscine. Ils méritent enfin de retrouver la mer.

dauphins