2000 manifestants contre l’élevage d’animaux à fourrure

2000 manifestants contre l’élevage d’animaux à fourrure

GAIA informe
03 novembre 2013

Wervik, le 2 novembre 2013. Aujourd'hui, 2000 manifestants ont mené une action à Wervik contre l'arrivée d'un nouvel élevage d'animaux à fourrure : des habitants de la commune ainsi que des organisations belges comme étrangères. Les militants ont symboliquement manifesté autour de la propriété où l'élevage risque de s'implanter, avant de recouvrir les serres de 2000 croix mortuaires. Les manifestants ont pu compter sur le soutien de la mascotte Nina, un vison à taille humaine.

Le plus gros du pays

Fin de l'année passée, les Pays-Bas ont voté une interdiction d'élever des animaux pour la fourrure – signifiant à terme la fermeture des exploitations existantes. Depuis lors, plusieurs éleveurs néerlandais tentent de s'implanter en Belgique. A Wervik, une demande a été introduite pour ce qui pourrait devenir le plus gros élevage de visons du pays. Le collège des échevins a rendu un avis négatif et 2000 réclamations ont été introduites par GAIA, les riverains et d'autres personnes concernées. En outre, plusieurs propositions de loi visant l'interdiction de l'élevage d'animaux à fourrure en Belgique sont actuellement traitées au Parlement.

Ignorant ces initiatives, la province de Flandre Occidentale souhaite malgré tout accorder un permis valable pour un élevage de 107 000 visons. Cet élevage viendrait presque doubler le nombre total de visons détenus en Belgique.

Détermination

Tant GAIA que de nombreux habitants de Wervik sont déterminés à mener ce combat jusqu'à terme. Face à la décision de la Province, une procédure d'appel a déjà été engagée auprès de la ministre flamande de l'Environnement par une série d'intervenants : GAIA, plusieurs riverains, l'organisation environnementale Natuurpunt, le Collège des Echevins, des partis dans l'opposition et même la Bedrijfsgilde. « Même s'il n'était ici question que d'installer une seule cage pour visons, nous serions prêts à empêcher l'arrivée des camions », confirme la directrice de GAIA, Ann De Greef.

Mal-être animal

L'élevage de visons pour la fourrure pose de graves problèmes de bien-être animal. Le vison est un animal sauvage dont le territoire à l'état naturel s'étend sur plusieurs kilomètres carrés. Il passe également une importante partie de sa vie dans et à proximité de l'eau. En élevage, enfermés dans des cages de treillis métallique d'à peine 85 cm x 30 cm, ces animaux ne peuvent adopter leur comportement naturel, et encore moins nager. Par ennui, frustration et la pauvreté de leur environnement, ils développent des comportements anormaux, des gestes de stéréotypie, qui expriment leur mal-être. Les visons tournent en rond de façon répétée, mordent le métal de leur cage, se rongent la queue par automutilation.

Nuisances

Les élevages d'animaux à fourrure sont à l'origine de nombreuses nuisances pour les riverains : odeurs, bruits (des ventilateurs et des camions), insectes, poules tuées par des visons en fuite... Les demandes de permis d'environnement pour un nouvel élevage ou une extension d'élevage donnent toujours lieu à de vives protestations de la part des habitants. A Wervik, plus de 2000 réclamations ont ainsi été introduites, et à Somme Leuze, un projet d'élevage a fait l'objet d'un refus pour notamment des raisons de nuisances suite aux plaintes des riverains.

Préservation de la nature

Le vison américain, que l'on élève pour la fourrure, est une espèce invasive, qui en cas d'évasion présente un risque réel pour les habitats et espèces protégés (oiseaux, reptiles, amphibiens et mammifères). Dans une note remise aux parlementaires belges, l'association environnementale flamande Natuurpunt indique que l'élevage de visons est contraire à la stratégie belge et européenne de biodiversité.

Interdiction légale

Lors de l'action, les manifestants ont également appelé les parlementaires à enfin voter en faveur d'une interdiction nationale, sur la base des propositions de loi sur la table. Présent lors de la manifestation, le député Peter Vanvelthoven (sp.a) avait déjà introduit une proposition de loi en 2010 afin d'interdire l'élevage d'animaux pour la fourrure. Cette proposition a été cosignée par le PS et le MR. Ecolo, cdH et Groen ont introduit des propositions de lois similaires, et la N-VA s'est également prononcée pour une interdiction. Du côté de l'Open VLD, on plaide pour l'application aux élevages des normes des parcs animaliers, ce qui empêcherait toute rentabilité de ces exploitations. Au Parlement, une majorité des députés souhaite donc mettre un terme à l'élevage d'animaux pour leur fourrure.

Opinion publique

Ce point de vue partagé par le PS, Ecolo, le cdH, le MR, le sp.a, Groen et la N-VA concorde par ailleurs avec les résultats des sondages d'opinion réalisés par IPSOS auprès d'un échantillon représentatif de la population. Il en ressort que près de 9 Belges sur 10 (86 %), toutes couleurs politiques confondues, considèrent qu'il faut en finir avec ce type d'élevage en Belgique, peu importe les conditions dans lesquelles les animaux sont détenus. En d'autres mots, l'opinion publique belge est très largement en faveur d'une interdiction légale des élevages d'animaux à fourrure.

Situation à l'étranger

De nombreux pays ont déjà interdit l'élevage d'animaux pour la fourrure. En Grande-Bretagne, en Bulgarie et en Autriche, cette mesure est d'application depuis des années. En Suisse, l'élevage est inexistant tant la sévérité des normes empêche toute rentabilité économique. Dans d'autres pays comme la Croatie, la Slovénie et la Bosnie-Herzégovine, une interdiction a été adoptée mais il existe une période transitoire pour les élevages existants. En Irlande, en Finlande, en Italie et en Suède, des initiatives sont prêtes à être débattues au Parlement. En Pologne, un projet d'élevage a récemment essuyé un refus des autorités, notamment en raison de l'opposition de la population. Même les Pays-Bas, soit le troisième producteur mondial avec 6 millions de visons par an, ont adopté une interdiction, prévoyant une période transitoire jusqu'en 2024 et des mesures de soutien.

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