Michel Vandenbosch : « Que le transport d’animaux vivants sur de longues distances se poursuive en pleine crise sanitaire, c’est une négligence coupable »

Michel Vandenbosch : « Que le transport d’animaux vivants sur de longues distances se poursuive en pleine crise sanitaire, c’est une négligence coupable »

GAIA informe
08 avril 2020

« Si le sentiment d’urgence de s’attaquer aux causes sous-jacentes des pandémies zoonotiques n’a pas encore gagné les décideurs, quand le fera-t-il ? », interroge Michel Vandenbosch, président de GAIA, dans cette carte blanche.

Fermer les marchés humides, est-ce suffisant ? Peut-être pas, mais il faut bien commencer quelque part. Dans ces lieux désormais célèbres, tout ce qui a deux ou quatre pattes, des ailes ou de la fourrure est vendu ou abattu sur place, dans la même mare de sang et par les mêmes mains que le poulet qui gît à côté. Les boyaux sont éparpillés partout. Les vendeurs de viande ne voient aucun problème dans l’écorchage à vif de leurs « produits frais ». Le commerce des poulets, paons, rats, chauves-souris, porcs, civettes, suricates, serpents, singes... qu’il soient destinés à la consommation ou non, prospère en Chine, au Vietnam, au Laos, en Thaïlande, en Birmanie et au Cambodge.

Les marchés humides sont à la fois des abattoirs et des animaleries à ciel ouvert. Ils attirent des dizaines de milliers de visiteurs. Et génèrent une souffrance animale sans fin. Dans ces lieux de misère, il n’y a absolument pas le moindre respect des règles minimales en matière de bien-être animal, d’hygiène, de sécurité alimentaire ou de santé. La situation n’est pas très différente en Afrique de l’Ouest, où le virus Ebola a fait de terribles ravages. Rien que chez nous, dans le quartier de Matonge à Ixelles, on vend toujours de la viande de singe et d’autres animaux sauvages.

Nous savons d’où vient le SRAS : le virus a très probablement été transmis par des chauves-souris aux civettes et, par la suite, aux humains. Le nouveau Coronavirus pourrait avoir une origine similaire : de la chauve-souris à l’homme, en passant par les pangolins, les animaux sauvages les plus commercialisés au monde.

Dans le cas du SRAS, on a rapidement découvert que les vendeurs d’animaux sauvages possédaient les bons anticorps. Les faits remontent à 2003… Et pourtant, à l’époque le gouvernement chinois n’a pas voulu adopter d’approche drastique contre le commerce des animaux sauvages ni réussi à mettre fin aux « marchés humides ». Il semble qu’à présent, cela soit en train de changer. Récemment, la Chine a interdit ces marchés répugnants – mais de manière temporaire. 20.000 exploitations agricoles doivent fermer et 54 espèces qui étaient commercialisées légalement sont temporairement interdites à l’import et à l’export. Les autorités chinoises envisagent même d’interdire tout commerce d’animaux sauvages « à des fins alimentaires », c’est-à-dire pour la consommation humaine. Il faudra se montrer attentif, car entre les déclarations et les faits, il y a un fossé. Dans d’autres pays asiatiques, c’est pourtant ‘business as usual’ : aucune volonté de mettre un terme, ne serait-ce que temporairement, à leurs marchés humides et à restreindre le commerce des animaux sauvages.

Des conditions insoutenables

Entre-temps, en Europe et en Belgique, les transports sur de longues distances d’animaux vivants destinés à l’abattoir se poursuivent. En effet, le 16 mars dernier, la Commission européenne a insisté sur le fait que « le transport du bétail entre les États-membres doit se poursuivre malgré l’épidémie ». On sait les conditions de transport d’animaux vivants particulièrement horribles en temps « normal » ; elles sont devenues infernales avec la crise sanitaire du Covid-19. La Croatie n’autorise plus l’entrée des camions chargés d’animaux en provenance de « zones à risque ». Une notion sans définition officielle et qui change d’heure en heure. Résultat : de longues files d’attente aux frontières des États membres de l’UE, ainsi qu’aux postes frontières des pays tiers tels que la Turquie. La situation est devenu tellement extrême qu’on observe des temps d’attente de 18 heures entre l’Allemagne et la Pologne, 40 kilomètres de bouchons entre la Lituanie et la Pologne, ou encore d’immenses embouteillages à la frontière bulgaro-turque. Cette situation entraîne des souffrances supplémentaires pour les animaux et augmente le risque de propagation du coronavirus par les chauffeurs de camions et les contrôleurs, qui entrent en contact avec d’autres personnes issues de zones infectées.

S’attaquer aux causes

À la lumière de cette crise sanitaire et, surtout, suite aux blocages aux postes frontaliers, les Pays-Bas ont annoncé un certain nombre de mesures contre la souffrance des animaux. La Commission européenne, en revanche, laisse l’état ses choses s’aggraver. Une attitude laxiste qui, disons-le sans fard, ressort d’une négligence coupable.

Si le sentiment d’urgence de s’attaquer aux causes sous-jacentes des pandémies zoonotiques n’a pas encore gagné les décideurs, quand le fera-t-il ? Dès que la ou les pire(s) vague(s) d’épidémie sera/seront passé(s), il faudra s’attaquer aux causes de manière drastique, de préférence au niveau mondial. L’heure n’est plus aux demi-mesures. Pour commencer, il faut fermer définitivement fermer les « marchés humides », terreaux fertiles pour des virus infectieux comme le COVID-19, lieux d’une cruauté incommensurable et d’un manque flagrant d’hygiène de base. Le commerce mondial des animaux capturés dans la nature doit également être freiné, voire banni. Les longs transports d’animaux vivants (principalement vers des pays tiers) sont aussi des vecteurs potentiels de maladies animales aux conséquences désastreuses et, par conséquent, ils doivent aussi être mis à l’arrêt. Il faut, de toute urgence, enclencher la transition vers le transport de viande et de carcasses dans des camions frigorifiques – et non plus d’animaux vivants.

Enfin, l’argument selon lequel certaines pratiques sont tellement ancrées dans la culture qu’elles continueront à proliférer illégalement en cas d’interdiction, n’est plus une excuse. Ni une raison pour ne rien faire. L’Organisation mondiale de la santé (OMS) doit convaincre les pays concernés de la nécessité d’une approche drastique. Les Nations unies ont également un rôle à jouer dans ce domaine. En outre, l’UE peut et doit – elle aussi – faire preuve d’initiative. À moins qu’elle n’accepte que d’ici quelques années, nous soyons à nouveau confrontés à un coronavirus ou à un autre virus mutant qui fera des ravages dans le monde entier. Il existe un terme pour cela : la négligence coupable.

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