Entretien avec des marques de chaussures Belges E(x)it et Torfs : le futur sans fourrure

Entretien avec des marques de chaussures Belges E(x)it et Torfs : le futur sans fourrure

GAIA informe
07 juin 2018

« La fourrure c'est une honte! Une horreur! Une exploitation atroce de l'animal. » En 2013, Brigitte Bardot écrivait ces mots forts en soutien à une manifestation de GAIA contre l'implantation gigantesque d'un élevage de 162.000 visons dans la commune de Wervik, qui fût couronnée de succès. Nous sommes en 2018, et l'industrie de la fourrure est sur le déclin. La production mondiale est en baisse, et un nombre toujours croissant de grandes maisons de mode prennent la décision de ne plus utiliser de fourrure : Versace, Michael Kors, Armani ou encore Hugo Boss. Cette tendance salutaire est le fruit des efforts de l'alliance internationale contre la fourrure (Fur Free Alliance) que GAIA représente en Belgique. Plusieurs chaînes de magasins et de marques d'habillement se sont d'ailleurs engagées chez nous. En avril de cette année, les marques belges de chaussures Torfs et E(x)it rejoignaient la liste « Commerce sans fourrure » de GAIA, suite à un dialogue constructif avec notre organisation. Cette liste des marques engagées n'a de cesse de s'allonger. Rien de plus logique : « La fourrure provoque une grande souffrance chez les animaux utilisés, et ne sera donc jamais respectueuse du bien-être animal. Tuer des animaux pour fabriquer de la fourrure, c'est une pratique dépassée, pour le consommateur et de plus en plus pour le monde de la mode », explique Ann De Greef, la directrice de GAIA.

La marque belge E(x)it livre ses chaussures à plus de 150 magasins du pays ; gère elle-même deux boutiques ; et importe également des souliers, principalement depuis l'Italie, l'Espagne ou le Portugal. Maureen Bossuyt (32) a récemment pris les rennes de la marque, succédant à son père à la tête de l'entreprise. E(x)it vend en moyenne 50.000 paires de chaussures par an dans notre pays. Et dès la prochaine collection d'hiver, aucune ne contiendra de fourrure. « J'ai le sentiment d'être une meilleure personne depuis que j'ai pris cette décision », nous confie Maureen Bossuyt, directrice générale d'E(x)it.

La chaîne familiale de magasins de chaussures Torfs, qui compte 75 enseignes en Belgique et une boutique en ligne, arrêtera également de commercialiser de la fourrure au lancement de sa collection d'hiver 2018. Wouter Torfs, directeur général de la marque, explique : « Quand j'ai débuté dans la vente de chaussures il y a 30 ans, les bottes en fourrure de lapin étaient très populaires. Aujourd'hui, ça paraît impensable. Ca me donne vraiment de l'espoir pour l'évolution de notre conscience collective. »

Pourquoi avez-vous décidé d'arrêter la vente de chaussures contenant de la fourrure ?

Maureen Bossuyt : « C'est essentiellement une décision d'ordre éthique. E(x)it est vraiment une entreprise familiale, et nous respectons les animaux. Même si nous n'avions que deux ou trois modèles avec de la fourrure dans notre collection d'hiver, on ne pouvait plus vraiment justifier cette utilisation de fourrure sur le plan éthique. Mais des facteurs d'ordre économique sont bien sûr entrés en compte également. L'offre que nous proposons est toujours déterminée dans une grande mesure par le consommateur, et le fait que celui-ci se détourne de plus en plus de la fourrure a beaucoup joué. Nous allons utiliser de la fausse fourrure (n.d.l.r. : fourrure d'imitation ou fourrure synthétique – un matériau qui ressemble très fort à de la fourrure mais qui n'implique pas la mort d'animaux) : c'est similaire sur le plan visuel, ça coûte moins cher, et plus important encore : ça ne fait pas souffrir les animaux. Je peux dire que j'ai le sentiment d'être une meilleure personne depuis que j'ai pris la décision de ne plus vendre de fourrure. »

Lise Conix (directrice marketing, Torfs) : « Chez Torfs, nous pensons que la mode et l'éthique peuvent et doivent aller de pair. La décision de bannir la fourrure a été prise assez rapidement. Outre l'empreinte écologique de la fourrure, les conditions dans lesquelles les animaux sont élevés et abattus pour leur pelage sont désastreuses. »

Remarquez-vous une évolution dans la manière dont le consommateur perçoit la fourrure ?

Maureen Bossuyt : « Absolument ! Le consommateur se montre de plus en plus critique. L'éthique devient de plus en plus un critère d'achat. Énormément de personnes refusent désormais d'acheter une paire de chaussures si celle-ci contient de la vraie fourrure. Il y a vingt ans, on ne nous demandait que rarement "c'est de la vraie fourrure ?" Aujourd'hui, c'est différent. Quand on a annoncé notre décision d'arrêter la vente de fourrure, on n'a reçu que des réactions positives. »

Lise Conix : « Les mœurs ont changé par rapport à la fourrure, la société l'accepte de moins en moins. Nous sommes vraiment contents de cette évolution, on la soutient. Nos clients nous interpellent régulièrement sur l'utilisation de fourrure. Désormais, nous sommes vraiment contents de pouvoir leur répondre positivement. »

J'ai le sentiment d'être une meilleure personne depuis que j'ai pris la décision de ne plus utiliser de fourrure. - Maureen Bossuyt -

Est-ce qu'arrêter la vente de la fourrure a demandé des efforts importants ?

Maureen Bossuyt : « Pas du tout. Il suffit de s'approvisionner en autres matériaux. Bien sûr, nous devons mettre un terme à notre collaboration avec certains fournisseurs, mais il faut simplement en trouver de nouveaux. Aux entreprises qui hésitent à sauter le pas, je veux leur dire : faites-le ! C'est la bonne décision. »

Lise Conix : « Parmi notre collection de chaussures à doublure chaude, environ un quart contenait encore de la vraie fourrure. Dès la collection d'hiver 2018, ces modèles seront tous remplacés par de la fourrure d'imitation. »

Outre l'empreinte écologique de la fourrure les conditions dans lesquelles les animaux sont élevés et abattus pour leur pelage sont désastreuses. - Lise Conix -

L'industrie de la chaussure va-t-elle à l'avenir aller plus loin pour davantage respecter les animaux ?

Maureen Bossuyt : « La prochaine étape impliquerait la fin de la vente de cuir. Honnêtement, je pense que l'industrie de la chaussure n'est pas encore prête – la demande pour des modèles en cuir est encore très forte. Mais qui sait ce que réserve l'avenir... »

Lise Conix : « On espère que le secteur ira plus loin dans le respect des animaux. Bannir la fourrure était une décision évidente, mais ça reste pour nous un produit de niche. Le cuir, c'est différent. Une grande partie de nos sacs et chaussures sont fabriqués à partir de cuir. Il s'agit d'un produit dérivé de l'industrie de la viande, et 95 % des gens continuent de manger de la viande. A court terme, ce ne serait pas possible de bannir le cuir. Mais on peut travailler à améliorer les conditions et la transparence dans l'industrie de la viande et du cuir. Et on peut également se réjouir que la question se pose. »

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Commerce sans fourrure, c'est quoi au juste ?

GAIA négocie avec de grandes marques d'habillement, pour les convaincre de cesser la vente de fourrure, et de souscrire le programme Commerce sans fourrure. Ce programme vise à informer les consommateurs sur des choix d'habillement plus éthiques.

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