En défense de l'étourdissement obligatoire

En défense de l'étourdissement obligatoire

GAIA informe
16 mai 2017

Dans une opinion publiée la semaine dernière dans La Libre à propos des projets de loi wallons et flamands d'imposer que les animaux destinés à la boucherie soit insensibilisés par étourdissement avant d'être égorgés, Philippe Weil dénonce "l'indignation sélective envers la souffrance animale qui anime les défenseurs de l'étourdissement préalable." Un exemple parmi les voix qui s'élèvent pour défendre le droit d'abattre des animaux en pleine conscience, imaginant - comme si la souffrance animale n'était pas un enjeu suffisant - des intentions cachées derrière les projets de loi.

Assurément, c'est méconnaître les avancées dans la législation belge en matière de protection animale en Belgique de ces dernières décennies : interdiction de l'élevage d'animaux pour la production de fourrure, limitation des temps de transport des animaux d'élevage, fin de la captivité des animaux sauvages dans les cirques, limitation de la surpopulation féline et campagnes contre les abandons d'animaux de compagnie, interdiction des cages individuelles dans la production de foie gras, ... La liste est longue et les projets sont nombreux. Comme le rappelle Christine Defraigne, Présidente du Sénat de Belgique et députée MR au Parlement Wallon : "l'étourdissement obligatoire est un geste fort qui montre que le bien-être animal fait vraiment partie des préoccupations fondamentales de notre société."

Une souffrance avérée "inacceptable"

Les douleurs occasionnées par l'abattage des animaux en pleine conscience font l'objet d'un consensus scientifique international. Dans deux avis rendus en 2007 et 2010, l’Union Professionnelle Vétérinaire de Belgique et la Fédération des Vétérinaires Européens considèrent que "la pratique de l’abattage des animaux avant l’étourdissement est inacceptable en toutes circonstances", et que les animaux devraient être réellement pré-étourdis. En 2010, le Conseil fédéral du Bien-être animal, rattaché alors au Ministère de la Santé, concluait que " l'abattage sans étourdissement est inacceptable et engendre pour l'animal une souffrance évitable." Un avis confirmé depuis par le Conseil du bien-être animal wallon.

Dans ces conditions, au lieu de reconnaître à la fois le bien-fondé de l'étourdissement obligatoire et d'inviter le personnel politique à aller plus loin, comment invoquer - dans une étrange logique d'immobilisme - les conditions misérables des animaux en élevage industriel pour refuser que leurs souffrances soient prises en compte à l'abattoir ? Par quel cynisme peut on réclamer que les animaux continuent à souffrir à l'abattoir tant qu'ils souffrent aussi en élevage ?

Sortir de la politique du pire

Au regard de ces souffrances, l'étourdissement est une méthode d'insensibilisation des animaux qui a été rendue obligatoire (sauf dérogation) par les lois de protection animale européennes. En Nouvelle-Zélande, cette méthode est reconnue par les autorités religieuses juives et musulmanes qui considèrent que, en limitant les souffrances des animaux, l’étourdissement par electronarcose réversible permet aux fidèles de mieux mettre en accord les rites et les préceptes de protection des animaux auxquels ils accordent traditionnellement une grande importance.

Le 8 avril dernier dans les colonnes de La Libre, le Président du Centre communautaire laïc juif, Henri Gutman, appellait les autorités religieuses à actualiser la "halakha" (l’ensemble des prescriptions, coutumes et traditions collectivement dénommées "loi juive") pour que l’objectif - inscrit dans la tradition juive - de minimisation de la souffrance animale soit maintenu. "Cette ‘loi juive’ est faite pour être adaptée même si c’est difficile. D’ailleurs, pour un nombre croissant de juifs non orthodoxes, elle est devenue facultative."

Ainsi, entre la lettre et l'esprit des textes sacrés, entre le mimétisme des traditions perpétuées telles quelles et une actualisation progressiste des gestes rituels dans leur époque, nous invitons les représentants de communautés religieuses attachées à la protection des animaux à accompagner les avancées pour le bien-être animal que la science et la technologie rendent aujourd'hui possibles. Rien ne saurait être plus conforme à l'esprit des textes qui invitent, depuis des siècles, les juifs et les musulmans à épargner autant que possible la souffrance aux animaux.

-- Dominique Hofbauer, Responsable Education chez GAIA.

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